LE NORD
Le théâtre est né dans le nord. Le théâtre d'aujourd'hui.
La façon de saisir, de décrire la vie. La manière de regarder, de comprendre
et d'exprimer le monde. Tout cela a été conçu dans le Nord de l'Europe.
L'esthétique du cinéma, de ses débuts jusqu'aux écritures les plus contemporaines,
est impensable sans ces auteurs qui à la fin du XIXème, en
Norvège et en Suède, ont révolutionné le théâtre et, avec lui, la faculté de
l'homme à déchiffrer ce qui semblait jusqu'à cet instant impénétrable : la
réalité.
Henrik Ibsen et August Strindberg ont trouvé des mots pour dire les choses.
Ils ont bousculé les conventions idéologiques et politiques de leur temps
pour approcher au plus près la réalité quotidienne de l'homme qui est avant
tout une réalité physique et sociale.
Au milieu du XIXème siècle, l'homme comme individu n'existait pas, ni
comme tel, ni dans la vie concrète, ni dans le roman qui prétendait la reproduire
fidèlement.
L'homme comme individu est né sur scène.
Et ce qui restera comme un des plus grands paradoxes de l'histoire de l'humanité:
l'homme, dès le début, «jouera» sa propre réalité.
DES MOTS POUR LES CHOSES
Le théâtre du Nord de l'Europe constitue le thème central de la saison
2009/2010 du Théâtre National du Luxembourg. Les grands dramaturges du
Nord ont développé une relation tout à fait particulière avec la réalité de leur
temps qu'ils furent les premiers à décrire avec acuité. Une relation étroite,
presque intime, en même temps étonnamment libre.
LES VIRTUOSES DE LA REALITE
Là où le Norvégien Henrik Ibsen (1828-1906) avec Hedda Gabler prend la
réalité à bras le corps, la pénètre pour la transcender ensuite dans un imaginaire
saisissant, le Suédois August Strindberg (1849-1912) avec Le Songe
piétine dès le début cette même réalité, revendique pareil à son contemporain
Freud la prédominance du rêve sur la médiocrité du vécu pour nous faire
assister à la fin au triomphe noir de ce même vécu, le triomphe de la désillusion
où la poésie se révèle comme seule rescousse. Ces deux spectacles
nous donnent l'occasion de collaborer avec d'éminents artistes, notamment
avec Klaus Weise, metteur en scène de Hedda Gabler, directeur du Théâtre
de Bonn avec qui le TNL effectue sa première coproduction. Après la représentation
du Songe qui aura lieu au Grand Théâtre le spectateur, dans Aimez-vous
Strindberg…, découvrira sur scène un des plus grands comédiens du
XXème siècle, un de ses derniers monstres sacrés: Maximilian Schell, détenteur
d'un Oscar hollywoodien. Il interprète Strindberg lui-même, Strindberg,
le dramaturge, mais également Strindberg, le musicien, et surtout
Strindberg, le peintre et photographe.
Parent si lointain et si proche en même temps, parent énigmatique, le
Norvégien Jon Fosse est un des auteurs contemporains les plus joués. Pol
Cruchten, avec Et la nuit chante, s'attaque à cet auteur dont le minimalisme
beckettien est contrebalancé par un souffle qui vient du Grand Nord. Dans
Never-Ending Up North, la chorégraphe Anne-Mareike Hess s'est inspirée
d'un voyage à l'archipel des Lofoten au-delà du cercle polaire pour nous
emmener dans un univers dénué des contingences du temps et de l'espace.
LE CRITIQUE DE LA REALITE
Roger Manderscheid, une des figures dominantes de la littérature luxembourgeoise,
est l'auteur en résidence de la nouvelle saison du TNL.
Manderscheid a abordé de nombreux genres, récits, roman, poésie, il a écrit
pour la radio («Hörspiele») et pour le théâtre. Le TNL présente Leonce a
Lena, l'adaptation en luxembourgeois de la pièce de Georg Büchner, et trois
courtes oeuvres qui n'ont encore jamais été représentées. Jacqueline
Posing-Van Dyck les a regroupées sous le titre Play Manderscheid.
LES CREATEURS DE LA REALITE
Le TNL est plus que jamais théâtre de création. Il lui incombe l'honneur de
présenter en création mondiale la nouvelle pièce du père de la dramaturgie
contemporaine, Tankred Dorst, au titre suggestif Ich soll den eingebildet
Kranken spielen. Anne Simon continue son beau chemin et crée dans un lieu
insolite Dow Jones, oeuvre percutante de Nico Helminger. Avec le Théâtre de
Trêves elle monte Die goldenen letzten Jahre, de Sybille Berg, une auteure
découverte au Stückemarkt du TNL.
Champ libre/Freiraum, plateforme créée par le TNL pour les jeunes metteurs
en scène, accueille cette année les Plateaux lorrains, initiative originale
créée en Lorraine pour promouvoir sous la forme de maquettes la jeune
création. Quatre projets français seront présentés dans ce cadre.
DE REELLES RENCONTRES
Au TNL se produisent de réelles rencontres, entre auteurs, compositeurs,
metteurs en scène et comédiens. Une coproduction internationale rassemble
des comédiens bulgares, allemands et luxembourgeois autour de la
Hamletmaschine de Heiner Müller. La jeune Caroline Guiela offre une nouvelle
lecture d'Andromaque de Racine. Nelson Mandela est au centre d'un
original projet politico-musical. Pour approcher le compositeur brésilien
Heitor Villa-Lobos, Cary Greisch réunit musique, danse et texte.
Edgar Selge et Franziska Walser disent et vivent les Duineser Elegien de
Rainer Maria Rilke.
REELLEMENT JEUNE
Le TNL Jugendclub propose cette année, à côté de ses activités habituelles,
une nouvelle initiative qui, sous le titre First Steps (Premiers Pas), crée une
pièce de Luc Spada qui est lui-même un «ancien» du Jugendclub. Avec le
Lycée de Garçons à Luxembourg, le TNL entame une collaboration inédite
autour de la pièce de Michael Frayn Copenhagen. L'opéra pour enfants est
cette année un vrai classique, Hänsel et Gretel de Engelbert Humperdinck,
monté dans une version décoiffante.
Pour cette nouvelle saison, le Théâtre National du Luxembourg trouvera les
mots pour dire les choses!
Frank Hoffmann
Directeur


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